
Dans sa pratique du dessin et de la peinture, Paul Klee se sert souvent des deux faces de ses supports papier, carton ou toile. Sur un ensemble d’environ 9 600 œuvres, quelque 600 présentent au revers des dessins, des aquarelles ou des peintures.
Le fait de composer sur les deux faces d’un support n’est pas une invention de l’époque moderne. Dès le Moyen Âge et la Renaissance, les revers d’œuvres étaient utilisés, qu’il s’agisse d’art religieux avec les volets de retables gothiques ou d’art profane, avec en particulier, les portraits sur panneaux de bois. Même des artistes modernes comme Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Wassily Kandinsky et Alexej Jawlensky ont eu recours à cette possibilité. Souvent, ce choix découle d’une pénurie de matériel ou de la volonté de conserver des esquisses et des études.
En ce qui concerne Klee, il s’agit d’une autre démarche. Pour lui, la création des deux faces s’inscrit dans un processus ouvert et continu. Il conçoit l’art comme un phénomène qui se dévoile progressivement – à l’image d’un secret. L’avers et le revers fusionnent alors fréquemment, tant sur le plan formel que thématique, pour former un tout cohérent.
Les œuvres travaillées sur les deux faces se divisent en deux catégories : les supports transparents et opaques. Klee superpose parfois des feuilles monochromes ou polychromes sur un carton, masquant ainsi le verso. Pour les supports transparents, comme le papier fin, le revers transparaît partiellement, créant au recto des formes en filigrane et une texture particulière. Dans le cas de supports opaques, tels que la toile ou le carton à peindre, les images présentes au verso ne sont souvent mises au jour qu’à la suite d’une restauration, d’une analyse scientifique ou d’interventions ciblées.
L’exposition illustre au travers de 19 exemples toute la diversité de ces compositions recto-verso chez Klee : les dessins d’enfant retravaillés, le processus continu de création, les travaux recalés car jugés « non valables », les associations thématiques ou formelles, les matériaux réutilisés jusqu'aux œuvres qui étaient initialement cachées et qui n'ont été révélées qu'à la suite de leur dégradation.








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